"La genèse
en-tête explore en effet simultanément plusieurs
questions qui me tiennent à coeur.
Par exemple : pourquoi créer et ajouter au monde quelque
chose dont on suppose qu'il ne s'y trouverait pas
déjà ? Qui crée, qui peint ?
D'où vient le geste, l'image ? A ces questions je ne sais
toujours pas répondre, mais voici ce que
déjà je sais de ce travail.
La genèse en-tête est une
apocalypse en cours.
Un dévoilement, en fait. J'ai
commencé de la peindre en1999, à partir
d'intuitions qui me travaillaient depuis 1992. C'est avant tout un
parcours dans l'inconnu. La seule chose que je savais, c'est la
règle fixée au départ : huiles sur
bois de 1,2mx1,2m, pour former une collection de 72 panneaux
carrés. Il est évident que ces panneaux ne seront
jamais vus ensemble ou simultanément, et cela me
plaît.
Il ne s'agit pas d'un récit de la
création au sens narration, mais plutôt de
l'expression d'un monde en création qui se
dévoile peu à peu à notre vision et
notre entendement. Le point de départ est donc aveugle.
Seule l'énergie est là, sensible.
La création est un sujet pour mystiques,
scientifiques ou spécialistes de la psyché. J'ai
voulu passer de l'autre côté de ces miroirs pour
tenter de découvrir ce que j'en savais, moi, de cette
œuvre-là, avec pour seuls moyens, quelques
couleurs, des supports et du temps. Beaucoup de temps.
J'ai décidé de commencer
à main nues. Comme les premiers hommes.
Aujourd'hui, plus de 40 "genèses" plus tard, j'ai repris les
brosses et les couteaux.
Bien des fois, je me suis
présenté à l'atelier avec une
idée. Je ne l'ai jamais réalisée.
Oui, cette œuvre m'échappe. Et
c'est pour cela que je la peins.
Cela m'oblige à me dépouiller de mon ego, et je
recherche cette nudité. Je ne l'ai évidemment pas
trouvée.
Quelquefois, certaines personnes ont ressenti des
émotions violentes devant ces peintures, et même
de la peur parfois. Peindre, c'est d'abord accepter ce qui vient, c'est
aussi exorciser.
Au début, j'ai peint à
même le bois, sans apprêt. l'embuage qui en
résulte a assourdi les couleurs, donnant parfois des
tonalités voilées. Maintenant je travaille sur
des fonds blancs. Les harmoniques changent, les couleurs
éclatent, même les plus sombres, c'est un long
cheminement du regard vers la clarté.
Vers une lucidité ?"